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L’occupation de Vierzon
Article mis en ligne le 1er avril 2019

par Yannick
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Après les bombardements de Bourges, Vierzon, Les Aix-d’Angillon, La Chapelle-d’Angillon, Sancergues, Saint-Satur des 5, 15, 17, 18 juin 1940 et l’allocution du Maréchal PÉTAIN du 17 juin, les Français n’ont plus aucun espoir, et l’appel du 18 juin du Général de GAULLE a été entendu par très peu de gens.

Les 18, 19 et 20 juin, l’occupant s’est installé dans les principales villes : BOURGES le 19 juin, VIERZON le 20 juin. Dans les conditions de l’armistice signé le 22 juin 1940, l’armée nazie devenait l’autorité d’occupation.

Les Allemands ordonnent d’avancer d’une heure toutes les pendules françaises ; interdisent les feux champêtres après le coucher du soleil.

Les billets de banque allemands et la monnaie doivent être acceptés par les commerçants. Toutes les ARMES A FEU doivent être déposées dans les mairies. Mise en place d’un couvre-feu de 21h à 5h du matin.

Aucun domaine n’échappe à leur contrôle. Ce sont eux qui autorisent le rétablissement des liaisons téléphoniques et le trafic postal.

Ils imposent la division de la France en deux parties : véritable frontière, LA LIGNE DEMARCATION va des Pyrénées à la Suisse. Dans le Cher, la ligne est installée le long du Cher de Thénioux à Preuilly.

Carte interzone. Source : Musée de la Résistance et de la Déportation de Bourges et du Cher

Un poste frontière est créé à Vierzon sur le pont du Cher à la hauteur de la rue André Hénaut. Ce poste ne pouvait être franchi qu’avec un Ausweis (délivré par la Komandanture avec la plus grande parcimonie). Tout le long de la ligne, des postes de surveillance sont établis et des patrouilles circulent sans cesse.

En BERRY, c’est à VIERZON que les passages clandestins (soldats, évadés juifs, etc.) sont les plus nombreux grâce aux passeurs dont la conduite est admirable. Tout le long de la ligne de démarcation, des passeurs permettront à de nombreux clandestins d’atteindre la zone libre.

Le centre de la ville était en zone occupée ; la partie sud de la ville (Vierzon-Bourgneuf) était en zone libre. Il existait un cimetière en zone libre, mais il n’y avait pas d’église. Les convois funèbres devaient donc franchir la ligne de démarcation à deux reprises.

On ne vit jamais autant de monde suivre dévotement le défunt. Cela dura trois mois, mais l’autorité allemande se douta de quelque chose et monsieur l’Archiprêtre PINSON se vit reprocher « des faits regrettables » par la Komandanture. Il fut mis en demeure d’établir une église en zone libre ; ce qui fut fait en utilisant un baraquement métallique type « Fillod ».

Une chapelle provisoire fut édifiée dans le parc de la Noue qui appartenait encore à Monsieur de Mangou. Les convois funèbres ayant cessé, la tragédie comédie prit un extérieur plus gai sinon moins risqué.

La reconstruction du pont sur le Cher était en cours, ce qui permit à l’entreprise Hébras et aux services administratifs de la ville de distribuer des cartes d’identité permettant d’obtenir un Ausweis.

En permanence, de jour comme de nuit, les évadés, les résistants, les Juifs entraient côté cour et sortaient côté jardin ou inversement à la barbe des sentinelles. L’imagination ne manquait pas ; hélas, quelques traversées se terminèrent par une sortie de bain glacé, par des noyades, des fusillades ou des poursuites qui eurent leur épilogue en prison ou en déportation.

Charles Cliquet

Citons en passant quelques passeurs qui ont payé de leur vie ce merveilleux dévouement : le Docteur CLIQUET ; le Docteur DUVAL médecin-chef de l’hôpital de Vierzon sera arrêté le 9 octobre 1941 ; il mourra à Dusseldorf le 29 mars 1943. Raymond TOUPET tué au milieu du Cher dans la nuit du 7 au 8 février 1942 par une patrouille allemande. Mademoiselle MERSEY infirmière qui sera arrêtée en 1943, déportée en Allemagne, elle y mourra à l’âge de 58 ans. Et de nombreux autres anonymes qui resteront inconnus.



Souvent isolés, les passeurs sont quelquefois un des maillons importants d’organisations structurées et efficaces. Les risques que les passeurs prennent pour les hommes, ils les acceptent aussi pour permettre au courrier de franchir la ligne.


Restrictions et réquisitions

L’autorité occupante prélevant d’énormes quantités sur les stocks et la production de vivres, un régime de restrictions fut imposé sur le pain, le sucre, les matières grasses, la viande, le tabac.

Un véritable marché noir particulièrement actif s’instaura.

Grâce au « Secours National » les réfractaires évadés purent subsister tant bien que mal. Le charbon aussi était rare ; des coupes de bois furent organisées et il fallut réserver la « charbonnette » pour faire du charbon de bois qui remplacera l’essence pour le fonctionnement des autos et camions grâce au gazogène.

Le ravitaillement restait une préoccupation constante. Bien que le service des cartes d’alimentation fût installé dans les locaux du patronage, rue de la Monnaie, protégé par un mur d’enceinte de 4 mètres de haut, dans la nuit du 21 au 22 août 1941, les portes furent forcées, les meubles fracturés, les feuilles de pain, de viande et de matières grasses furent emportées.

La Gestapo

Dans la gare un service très strict de surveillance et de contrôle était organisé par la gendarmerie et les diverses polices de l’autorité d’occupation. La gestapo, trouvant des complicités plus ou moins actives et des bourreaux supplétifs (Paoli à Bourges, Willy à Vierzon) elle étendit son emprise sur la France entière.

Elle poursuivait partout les Français qui n’acceptaient pas la défaite, les membres des réseaux et des mouvements de résistance clandestins qui préparaient le débarquement.

A Vierzon, la gestapo était logée dans la villa Turquet, la plus jolie villa du boulevard de la Liberté.

La police des frontières occupait la clinique Champion ; la douane était logée dans l’ancien château de Bel Air, route de Tours, et la feldgendarmerie à l’hôtel du Lion d’Or rue Armand Brunet.

Les bombardements

Vierzon, nœud ferroviaire important a eu à subir à partir de juin 1944 de nombreux bombardements alliés.

Le 4 juin à 14 h15 un groupe d’avions anglais avait bombardé la bifurcation des Forges désignée par la résistance comme un point stratégique. Des bombes étaient tombées sur la voie ferrée près du pont du canal, ainsi que sur les chemins et les usines proches. Heureusement, il n’y eut que trois blessés légers.

Les 29 juin et 1er juillet la ville subit les effets de trois bombardements. Le premier commença le 29 juin à 8 heures 30, effectué par de nombreux avions de bombardements légers visant le pont de Chailliot et la gare. La gare de triage et le dépôt des machines furent atteints ainsi que des maisons particulières, rue de Fay et rue des Pentecôtes ; la voie ferrée et les lignes télégraphiques près du pont de Chailliot ; aucune victime.

Le 1er juillet à 1 heure du matin toute la ville fut réveillée par un éclairage intempestif ; de nombreuses fusées éclairantes soutenues par des parachutes se balançaient dans le ciel au dessus des voies ferrées. Aussitôt commençait un feu nourri de D.C.A. Un puissant ronronnement était entendu de partout et immédiatement des bombes de fort calibre s’abattaient sur la gare de triage, le dépôt des machines et toute la partie nord-ouest de la ville.

Après un véritable déluge de feu (plus de 1250 bombes) tout le quartier présentait l’aspect du plus terrible tremblement de terre.

Les secours étaient rendus difficiles et dangereux par la présence de nombreuses bombes à retardement qui explosaient successivement. Plus de 250 maisons furent détruites et 700 endommagées. L’usine Brouhot était également touchée.

A 10 heures, le nombre des victimes atteignait 28 morts et 82 blessés. Les morts étaient réunis dans la salle des fêtes de l’école nationale et à l’école maternelle avenue Henri Brisson.

L’après-midi il fallut évacuer une partie de l’hôpital sur un hôpital de repli préparé dans l’école de filles de Vierzon-Forges et sur l’hôpital de Mehun.

Le nombre des victimes atteindra 54 morts et 100 blessés. Le déblaiement fut entrepris aussitôt les secours terminés.

Toutes ces souffrances valurent à Vierzon d’être cité à l’ordre du corps d’armée et décoré de la croix de guerre avec étoile de vermeil.

La rafle d’Août 1942

Le 19 août 1942, des commandos Anglo-Canadiens étaient venus tester les défenses allemandes sur la côte atlantique et tentèrent un débarquement à Dieppe.

Ce coup de main fut repoussé après 9 heures de combat, et, pour matérialiser leur victoire, les Allemands avaient décoré tous les édifices publics d’un « V » tracé avec des branches de laurier.

Afin de protéger et de garder ces symboles, de nombreux hommes ayant appartenu avant guerre aux partis communiste et socialiste furent arrêtés et mis en faction devant les bâtiments. Le plus grand nombre fut libéré 48 heures après ; certains resteront prisonniers.

Premiers groupes de résistants

Bien que la résistance individuelle ait commencé en 1941, l’année 1942 sera l’année des premiers maquis constitués ; ils seront composés de militants communistes dont le parti a été dissous le 26 septembre 1939. Rapidement, ils effectueront des opérations de sabotage.

Ces clandestins constitueront les premiers groupes « O S » (Organisation Spéciale) dont seront issus les Francs Tireurs et Partisans Français (F.T.P.F.). Certains responsables socialistes créeront des sections de mouvement de Libération : ex : (Libé-Sud). En 1943 d’autres groupes de résistance verront le jour Libé-Nord - Vengeance - Combat - Front National (Milices Patriotiques) sous l’étiquette F.F.I.

L’entente F.F.I./ F.T.P.F ne fut pas toujours satisfaisante et causa bien des déboires.

Vierzon est libérée

Le 4 septembre 1944, le Docteur MERIGOT s’installe à la Mairie de VIERZON

Vierzon, à cheval sur la ligne de démarcation a payé un lourd tribut à la guerre. Bombardée en 1940, puis à nouveau en 1944, le quart de la cité est détruit.

Le 4 septembre 1944, il n’y a plus un Allemand en ville quand les F.T.P.F. de la zone sud et les F.F.I. du secteur Sologne et Cher Nord font leur entrée et défilent dans les rues.

C’est l’heure pour le comité local de la Libération qui avait été constitué dès mai 1944 et ratifié par le gouvernement d’Alger le 15 août 1944 de s’installer à l’Hôtel de Ville. Le docteur MERIGOT médecin de la résistance et qui fut arrêté à ce titre et détenu pendant cent jours à la prison du Bordiot en assurait la présidence. Le comité gérera les affaires vierzonnaises pendant 8 mois, jusqu’aux élections d’avril 1945.

Voici les noms des membres de ce comité dont les premières urgences seront d’organiser le ravitaillement et d’aider les familles de déportés.

Dr MERIGOT
Louis DAZIN
Alexandre GUILLARD
Georges LEBRUMAN
Georges MOREAU
Maxime POITEAU
Emile RENAULT
Jean MAROT
Albert ANTOINE
Maurice CARON
Madame LABERTONNIERE
Edmond BOUSSAROQUE
Georges ROUSSEAU
Madame JEANNE
Edmond AUMASSON
l’abbé GAUTRON

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